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Le pari de la Fed menace l’économie mondiale.

La Federal Reserve vient de proposer ce qui est devenu le QE2 (QE pour quantitative easing). Il ne s’agit pas d’un paquebot de luxe, mais d’une injection de l’ordre de $ 600 milliards dans l’économie sous forme de rachats aux investisseurs de Bons du Trésor américain. De Pékin a Brasilia, cette mesure a été critiquée comme menaçant l’économie mondiale.

Cette action aura en effet un impact sur les marchés internationaux : dans un post précédent,  j’avais déjà critiqué les propositions du Trésor visant à « encadrer » les déficits de balances des paiements de chaque pays dans un « corridor » de +/- 4%. D’ores et déjà, les Chinois ont fait savoir qu’il ne pouvait en être question. De plus, une telle mesure est impossible à mettre en pratique.

Cette mesure-ci aura un impact immédiat : la baisse du dollar. En effet, l’injection de ces liquidités va continuer à maintenir les taux d’intérêt américains à un niveau indécemment bas. Ils ne couvrent plus la prime de risque que les investisseurs exigent face à un pays surendetté.

Le but de cette mesure est de stimuler l’économie et de relancer l’emploi. Mais les Etats-Unis souffrent de problèmes économiques structurels. Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, les investissements directs aux Etats-Unis sont négatifs de 200 milliards de dollars. Cela veut dire que les investisseurs étrangers ont « rapatrié » leurs investissements aux Etats-Unis qui ne sont plus perçus comme productifs, vu les problèmes structurels de l’économie américaine.

En matière d’investissements financiers, la situation risque de se détériorer également. A la recherche de rendements, les investisseurs vont être amenés à acheter des junk bonds à savoir des obligations à haut risque. Le profil de risque des marchés financiers va donc se détériorer. Il en sera de même des banques qui vont, à nouveau, se fragiliser.

Certes, les entreprises vont se financer sur les marchés de capitaux à des taux avantageux, mais le secteur n’est pas emprunteur net pour le moment. Il émet des obligations et rembourse les banques. Cela veut donc dire, en clair, que l’économie pourrait ne pas être stimulée du tout. Paul Volcker vient de rappeler à Seoul lors d’une conférence qu’au niveau des taux américains, une telle injection de liquidités n’aura pas d’effet. Deux au moins des Gouverneurs de la Federal Reserve sont en désaccord avec leur Président.

Comme je m’étais permis de le signaler avant le renouvellement de son mandat, Ben Bernanke, le Président de la Fed, cette décision s’avère mauvaise. On ne renomme pas comme capitaine du Titanic celui qui a mené son navire dans un iceberg. Les mesures annoncées sont mal reçues en raison de leur substance, mais tous les commentateurs rappellent que Ben Bernanke n’a rien vu venir.

En contraste, la Banque Centrale Européenne maintient le cap : cela ne manquera pas de faire hurler les entreprises européennes qui auront des difficultés de compétitivité. Elle doit absolument tenir ce cap si nous voulons éviter un emballement inflationniste. C’est ici que l’Europe doit, de manière unanime, adopter une position politique extrêmement dure vis-à-vis de l’administration américaine au G 20.

L’irresponsabilité américaine menace l’économie mondiale. Compte tenu de sa taille, la Federal Reserve, comme l’écrivait Pierre-Antoine Delhommais dans Le Monde, «est notre banque centrale et votre problème ». Pour tous les avantages que les Etats-Unis retirent de leur position dominante, ils ont des devoirs. En une semaine, deux mesures ont mis en valeur l’irresponsabilité internationale des autorités américaines. Leur silence ces derniers jours est assourdissant.

Ben Bernanke parie sur le fait que ces mesures de créeront pas d’inflation ; en théorie, utiliser ce que l’on appelle « la planche à billets » a des effets inflationnistes. Il pourrait bien avoir raison, mais le reste du monde, et en particulier les pays émergents, avec lesquels l’Europe ferait bien de faire cause commune.

Un consensus international n’empêchera pas les mesures américaines, mais il mettra les Etats-Unis sur la défensive au G 20. Ils jouent une fois de plus l’économie mondiale à la roulette et pourraient bien être, de nouveau, à l’origine de la prochaine crise.

Source : finance.blog.lemonde.fr

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Auteur : Thierry ROBY

roby_th@yahoo.fr

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