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Crise alimentaire au Sahel: l’organisation Oxfam annonce un « désastre »

Au Tchad, les humanitaires d’Oxfam ont vu des femmes casser des fourmilières pour récupérer quelques graines; au Mali, des mères partir toute la journée à la recherche de plantes sauvages. A présent, l’ONG sonne l’alarme: la crise alimentaire au Sahel va tourner au « désastre ».

Vendredi à Dakar devant la presse, le directeur régional adjoint d’Oxfam, le Burundais Raphaël Sindaye, a énoncé d’emblée son intention: « amener les gouvernants et la communauté internationale à réaliser l’ampleur et la sévérité de la crise alimentaire qui secouent différents pays du Sahel, en particulier le Niger, le Tchad et le Mali mais aussi le nord du Nigeria, la Mauritanie et le Burkina Faso ».

« Les yeux du monde ont du mal à percevoir cette crise », complexe et lente, qui touche pourtant au moins « 10 millions de personnes », a-t-il assuré.

A son côté, le directeur d’Oxfam au Mali, le Français Gilles Marion, a renchéri: « Excusez-moi l’expression mais on va +droit dans le mur+. La situation déjà extrêmement alarmante va forcément devenir désastreuse. Il reste encore quatre mois de période de soudure, sans récolte, et les familles sont déja passées à un repas par jour ».

Dans le nord du Mali, comme dans le nord du Niger et dans certaines régions du Tchad, où la malnutrition est chronique, les experts d’Oxfam ont vu se dérouler plus ou moins le même scénario: celui d’une crise pastorale qui s’est transformée en crise économique puis en crise alimentaire.

En septembre 2009, la faiblesse des pluies, tardives et mal réparties, a été l’élément déclencheur. « Quand les pâturages n’ont pas été régénérés, dès décembre-janvier, les animaux ont souffert », a constaté M. Marion, dans le nord du Mali.

Dans cette région où les familles investissent l’essentiel de leur argent dans le bétail, « 40% du cheptel a été décimé », explique-t-il.

« Les familles n’ont plus d’argent mais au contraire des dettes. Les céréales sont disponibles sur les marchés mais elles n’ont pas les moyens de les acheter. Elles sont passées à un repas par jour. Et on voit des femmes partir toute la journée à la recherche de plantes sauvages », relate-t-il.

Au Tchad, les choses se sont enchaînées à peu près de la même façon, selon la Franco-Guinéenne Nanthilde Kamara, conseillère en sécurité alimentaire de retour d’une mission dans ce pays: une faible pluviométrie, la production agricole et fourragère qui baisse, le prix des céréales qui grimpe…

« Les populations vulnérables ont adopté différentes stratégies de survie pour accéder à la nourriture: vente d’animaux, exode massif vers les centres urbains ou à l’étranger, réduction du nombre de repas », explique Nanthilde Kamara.

Au Niger, plus de 16% des enfants de moins de 5 ans souffriraient de malnutrition aigue, rapporte le Britannique Alexandros Yiannopoulos, intervenant d’Oxfam basé dans ce pays.

L’ONG y a distribué à 44.000 personnes des « bons » servant à l’achat de nourriture ou d’autres produits de première nécessité, mais s’emploie aussi à fournir du fourrage pour les animaux et à racheter du bétail.

A présent, Oxfam appelle les bailleurs de fonds internationaux, les agences onusiennes et les ONG à augmenter leur aide qui ne couvrirait pour l’instant que la moitié des besoins. « L’urgence, aujourd’hui, c’est d’aider les populations à avoir accès aux aliments », insiste M. Marion.

Mais, à long terme, rappelle M. Sindaye, « la priorité numéro un, c’est l’augmentation des investissements dans l’agriculture ».

Source : LePoint.fr

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Auteur : Thierry ROBY

roby_th@yahoo.fr

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