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Coup de gomme sur les «Cahiers pédagogiques»

Depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy, juillet est un mois douloureux pour l’Education nationale, haut lieu des réductions de postes dans le public. Juste avant les vacances, on annonce le chiffre des «non-renouvellements de départs à la retraite», terme officiel pour ces suppressions. Cette année n’a pas failli à la règle. Le ministre du Budget, François Baroin, a confirmé qu’il y aurait, comme en 2010, 16 000 suppressions de postes en 2011 – ce qui fait 56 700 en quatre ans. Et comme il n’y a pas de petites économies, on a appris que deux structures, modestes par la taille mais hautement symboliques, seraient touchées : les Cahiers pédagogiques et le GFEN (Groupement français d’éducation nouvelle). Leurs subventions sont réduites de moitié et chacune va perdre au 1er septembre un poste d’enseignant sur les deux qu’elle compte. Leur activité même est menacée.

Ce geste secoue le monde éducatif. Plusieurs syndicats – la FSU, l’Unsa, le Sgen-CFDT… – ont envoyé une lettre au ministre Luc Chatel lui demandant de revenir sur sa décision. La FCPE, la première fédération de parents d’élèves, a aussi protesté. Pour tous, cela montre d’abord que le ministère ne sait plus où trouver des économies et qu’il cherche désespérément dans les moindres recoins. Un signal inquiétant pour toutes les associations qui reçoivent des subventions dans l’éducation. Ensuite, les Cahiers pédagogiques et le GFEN sont des figures de proue de la recherche pédagogique et de l’innovation. En les visant, le ministre semble dire que la pédagogie n’a guère d’importance. Un mauvais point alors qu’il met déjà en place une réforme très contestée de la formation des enseignants, car elle envoie des profs débutants devant des élèves quasiment sans préparation.

Créée en 1945, les Cahiers pédagogiques est une revue mensuelle qui fêtera bientôt son 500e numéro. Elle a près de 5 000 abonnés, des profs pour l’essentiel, et traite de sujets pointus et d’expériences pédagogiques – enseigner les langues avec des groupes de compétence, les alternatives au redoublement, etc. Le GFEN, créé en 1922, est davantage spécialisé dans les stages de formation continue pour les profs. Tous les deux sont les bêtes noires des «antipédagogues» et autres déclinologues, pour qui ils sont à l’origine de la catastrophe scolaire. Selon eux en effet, depuis que les «pédagos» ont mis l’enfant au cœur du système, tout a périclité – le niveau, la discipline, le bac… Mais le ministère se veut au-dessus de ces vieilles querelles : sa logique à lui est comptable.

Source : Libération.fr

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Auteur : Thierry ROBY

roby_th@yahoo.fr

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